Entre hausses tarifaires généralisées et durcissement réglementaire, choisir sa plateforme de données souveraine en 2026 relève d'un arbitrage précis. Voici ce que coûtent réellement OVHcloud, Scaleway et AWS European Sovereign Cloud.
Deux mouvements se percutent cette année et rendent la question du coût plus complexe qu'un simple comparatif de grilles tarifaires. D'un côté, le cadre réglementaire français se durcit fortement : depuis le décret n° 2026-272 du 14 avril 2026 (loi SREN), la qualification SecNumCloud est obligatoire pour les administrations de l'État, ses opérateurs et 6 groupements d'intérêt public traitant des données sensibles. Ce texte a été précisé par un arrêté qui a changé le statut du référentiel : depuis le 22 août, la France a franchi un nouveau cap avec un arrêté signé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui a fait basculer le référentiel SecNumCloud de simple recommandation à obligation légale. Pour l'instant, le périmètre reste circonscrit : les collectivités territoriales ne sont pas concernées par ce périmètre à ce stade, même si une proposition de loi prévoit d'étendre cette obligation aux collectivités de plus de 30 000 habitants.
De l'autre côté, les trois principaux fournisseurs ont tous révisé leurs tarifs à la hausse en 2026, sous la pression du coût des composants. Ce n'est donc plus seulement une question de souveraineté : c'est aussi une question de trajectoire budgétaire sur trois à quatre ans, ce qui justifie une analyse poste par poste plutôt qu'une comparaison de prix catalogue instantanée. Notre accompagnement en architecture data intègre systématiquement cette dimension de coût total de possession dans les recommandations aux DSI.
OVHcloud reste l'acteur le plus mature sur la conformité française. Le groupe roubaisien a franchi une étape supplémentaire en 2026 : OVHcloud a obtenu de l'Anssi la qualification SecNumCloud de SNC Cloud Platform, son cloud public en libre-service, facturé à l'usage, et déploiera la plateforme dans ses régions Public Cloud d'Italie, d'Allemagne et de Pologne. C'est un changement structurant : le cloud qualifié SecNumCloud était jusqu'ici, pour l'essentiel, une affaire d'environnements dédiés, que l'acheteur réserve et dimensionne à l'avance, alors que la demande des administrations et des secteurs régulés vise l'usage à la consommation, piloté par API.
Sur le plan tarifaire, le surcoût historique de la qualification reste une référence utile pour budgéter : sur l'offre Hosted Private Cloud VMware, comptez 12 % de plus sur le prix hors taxes par rapport à l'offre non qualifiée équivalente. Mais 2026 est aussi une année de hausse générale des prix. OVHcloud a annoncé une mise à jour tarifaire concernant ses services Cloud (serveur dédié, VPS, Public Cloud) et les adresses IP, applicable à compter du 1er avril 2026. Le fournisseur a toutefois maintenu un poste stable : les solutions de stockage Public Cloud resteront inchangées, malgré l'augmentation du coût des composants. Sur les infrastructures les plus récentes, la trajectoire à moyen terme est connue : le groupe roubaisien prévoit une hausse moyenne de 9 % à 11 % sur ses infrastructures déployées entre 2026 et 2028, et de 2 % à 6 % sur les offres antérieures à 2025.
Scaleway a longtemps joué la carte de la stabilité des prix, mais 2026 marque une rupture nette. Scaleway relève une partie de ses prix à compter du 1er juin 2026, après trois ans de stabilité tarifaire, avec une révision ciblée de son catalogue. L'ampleur est significative : sur l'ensemble des 78 lignes tarifaires publiées, la hausse moyenne ressort à environ 25 % en moyenne simple non pondérée.
Le détail par poste est important pour un DSI qui budgète une plateforme data, car les écarts entre lignes sont considérables :
Sur la certification, Scaleway reste en retrait par rapport à OVHcloud à ce stade : les acteurs souverains français, dont Scaleway, sont positionnés sur le stockage objet avec une certification HDS disponible et une démarche SecNumCloud en cours, sans qualification finalisée équivalente à celle d'OVHcloud sur son offre à l'usage.
Le lancement d'AWS European Sovereign Cloud est l'événement cloud le plus commenté de ce début d'année en Europe. Le 15 janvier 2026, AWS a annoncé la disponibilité générale de l'AWS European Sovereign Cloud, un nouveau cloud indépendant pour l'Europe entièrement localisé dans l'UE, physiquement et logiquement séparé des autres régions AWS. L'investissement est massif : le lancement est soutenu par un investissement à long terme de 7,8 milliards d'euros en Allemagne, avec un soutien annuel moyen de 2 800 équivalents temps plein.
Sur la gouvernance, AWS met en avant une séparation organisationnelle forte : l'AWS European Sovereign Cloud dispose d'une gouvernance dédiée en Europe, avec une nouvelle société mère et trois filiales locales incorporées en Allemagne (GmbH), dirigées par des citoyens européens. Reste que la question juridique de fond n'est pas tranchée pour autant. Une analyse indépendante souligne que malgré sa séparation opérationnelle des régions mondiales, des questions persistent sur les protections juridiques face à l'accès aux données par les autorités américaines, et des concurrents comme Microsoft ou des fournisseurs locaux pourraient offrir des options de souveraineté plus solides. Un analyste souligne d'ailleurs que SecNumCloud 3.2 reste la seule qualification européenne intégrant l'immunité extraterritoriale, mais uniquement sur son périmètre qualifié — ce qui exclut de fait l'offre AWS de ce niveau de garantie tant qu'elle n'obtient pas cette qualification spécifique.
Sur le plan opérationnel, l'offre est encore jeune et incomplète par rapport aux régions AWS établies. La liste des services disponibles est déjà impressionnante, mais la disponibilité ne signifie pas toujours une parité complète avec des régions établies comme eu-central-1 ; en pratique, de nombreux services sont présents, mais avec des limitations fonctionnelles. Concrètement, AWS Identity Center n'est pas encore disponible et est planifié pour le premier trimestre 2026, et Amazon CloudFront n'est pas disponible aujourd'hui et est prévu pour la fin de l'année 2026. Pour un DSI, cela signifie des coûts d'intégration et de contournement à anticiper au-delà du simple prix du calcul et du stockage.
Trois lectures s'imposent pour construire un budget réaliste sur trois ans.
Les trois fournisseurs ont soit annoncé, soit déjà appliqué des hausses substantielles en 2026, toutes justifiées par la même cause : la flambée du prix des composants mémoire et stockage. Un DSI qui budgète sur la base de tarifs relevés en début d'année s'expose à un écart significatif en fin d'exercice, en particulier chez Scaleway où certaines lignes progressent de plusieurs dizaines de points.
Le surcoût de 12 % identifié chez OVHcloud sur son offre historique reste l'ordre de grandeur à retenir pour un premier chiffrage, sachant que ce taux datait d'une offre dédiée et pourrait différer sur la nouvelle offre à l'usage. Il faut aussi intégrer que l'obligation réglementaire ne concerne, à ce jour, qu'un périmètre précis : les administrations d'État, leurs opérateurs et six groupements d'intérêt public désignés lorsqu'ils hébergent des données sensibles au sens du décret. Une entreprise privée hors secteurs régulés n'a donc pas d'obligation légale directe, même si la qualification devient un argument commercial fort pour accéder aux marchés publics.
AWS apporte une profondeur de services et une puissance de calcul qu'aucun acteur français ne peut égaler aujourd'hui, mais la garantie d'immunité extraterritoriale reste, pour l'instant, l'apanage du référentiel SecNumCloud dans sa version la plus stricte. OVHcloud et, dans une moindre mesure, Scaleway restent les seuls à proposer une conformité complète sur ce point précis, ce qui pèse lourd pour les données de santé, financières ou étatiques.
Ce type d'arbitrage — coût total, conformité réglementaire, dépendance technologique — est précisément le cœur du travail que mène notre cabinet auprès des DSI et directions data confrontées à ces choix d'architecture. Il ne s'agit pas de trancher entre souveraineté et performance, mais de dimensionner l'architecture hybride qui minimise le risque réglementaire sans sacrifier les capacités de calcul nécessaires aux projets d'IA en cours.
Le paysage n'est pas figé. La proposition d'extension de l'obligation SecNumCloud aux collectivités de plus de 30 000 habitants, encore en cours d'examen, pourrait élargir considérablement le périmètre concerné dans les prochains mois. Les DSI qui anticipent dès maintenant une architecture compatible avec ce référentiel, même hors obligation immédiate, se prémunissent contre un futur changement de fournisseur dans l'urgence — toujours plus coûteux qu'une migration planifiée.